Quand une philosophie personnelle devient nécessaire

Le réel est un point de départ.

La biologie, la psychiatrie et les sciences médicales décrivent des faits :
comment fonctionne un corps, comment une émotion apparaît, comment un équilibre peut se rompre, comment certains états s’installent durablement.

Ce savoir protège des explications faciles, des récits magiques, des dérives qui prospèrent sur la désorientation.
Il trace aussi des limites : ce qu’un organisme peut supporter, ce qu’une maladie modifie, ce qu’un traitement peut corriger.

Il permet de nommer ce qui se passe.
De comprendre pourquoi certaines réactions surgissent, pourquoi certains états persistent, pourquoi certaines fragilités ne relèvent ni du choix ni du caractère.

Mais ce savoir ne dit pas comment vivre avec ce que l’on sait.

Il explique des mécanismes.
Il éclaire des causes.
Il décrit des processus.

Il ne dit pas comment tenir quand la vie reprend après l’effondrement.
Quand il faut continuer à travailler, à parler, à décider, alors même que ce qui soutenait auparavant ne soutient plus vraiment.

Il arrive que tout soit clair sur le papier.
Que les diagnostics soient posés, les causes identifiées, les limites connues.
Et que pourtant, au quotidien, quelque chose reste sans mode d’emploi.

La science éclaire.
Elle n’oriente pas.

Entre comprendre ce qui se passe et vivre avec ce que cela implique, un écart apparaît.
Un espace dans lequel il faut pourtant continuer à avancer, sans certitude nouvelle, sans récit de remplacement.

C’est dans cet espace qu’une orientation devient nécessaire.
Pas une doctrine.
Pas un programme.
Pas une promesse.

Plutôt une manière de donner une forme minimale à l’expérience, pour éviter deux écueils symétriques :
se dissoudre dans l’émotion, ou se réfugier dans des récits qui apaisent sans tenir dans la durée.

Une philosophie personnelle ne cherche pas à expliquer le réel autrement.
Elle ne corrige pas la science, ne la complète pas, ne la dépasse pas.

Elle cherche à rester praticable.

A cet égard, il faut d’ailleurs comprendre qu’il ne s’agit pas d’un raisonnement abstrait ou d’un système élaboré.

Ce dont il est question est plus simple, et plus exigeant :
une manière de se tenir face à ce qui arrive.
Une attitude, au sens le plus concret du terme.

Cette philosophie personnelle s’appuie sur la rigueur scientifique, sans lui demander ce qu’elle ne peut pas fournir.
Elle accepte le cadre biologique et matériel de l’existence, mais s’intéresse à ce que l’on peut faire à l’intérieur de ce cadre, une fois les illusions dissipées.

Il ne s’agit pas d’aller mieux.
Ni de trouver un sens général.
Mais de continuer à vivre sans se raconter d’histoires, lorsque les explications sont là mais que l’élan ne revient pas de lui-même.

L’existence demande souvent ce double regard.
L’un pour rester ancré dans le réel, éviter les dérives et les fuites.
L’autre pour traverser ce réel sans se perdre, sans se durcir, sans se dissoudre.

Ce double regard ne produit ni certitude nouvelle, ni paix durable.
Il permet seulement de maintenir une forme de continuité, là où tout ne va plus de soi.

Le Feu et la Forme se situe dans cet espace précis :
entre ce que la science établit et ce que la vie impose malgré elle.

Un lieu pour décrire, mettre en ordre, et penser plus calmement ce qui traverse certaines existences, lorsque les réponses toutes faites ne fonctionnent plus.

Il n’y a pas de solution générale.
Seulement des repères possibles, des formes provisoires, et la nécessité de continuer sans se mentir.


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